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  • Daria Soren

Jour 96/ Penser la nouvelle vie

Deux semaines ont passé depuis mes dernières pages. Ca s’espace. Le rythme infernal reprend progressivement mais surement. La pression aussi. Je sens les décharges nerveuses revenir dans l'hémisphère sud de ma boîte crânienne. Je dois impérativement savoir dire stop à cette pression. Tout arrêter et relâcher. 

Difficile de trouver le temps pour une séance de yoga. Je bataille pour trouver vingt minutes entre le travail, les courses, le rangement, la cuisine, les sorties de Jim. Et si je n’y arrive pas tanpis. Je fais à minima du vélo. 

Heureusement, je conserve mes lundis créatifs via mes cours d’histoire de l’art et de danse.

Mes rêves, je n’en fais plus vraiment. Ils sont devenus flous. C’est le signe que j’ai pris de la distance avec mon enfant artiste et que petit à petit le contact s'estompe. Je suis rattrapée par la force des choses de ce quotidien. 


Mon engagement écologique se radicalise. Je n’ai plus du tout envie de consommer des produits industriels et en grande surface. Je ne veux plus faire mes courses qu’en coopérative bio et directement auprès des producteurs. Forcement, l’alimentation diffère. Pour une question économique d’abord. Les jus de fruits et compotes sont hors de prix alors on croque des fruits. Pareil pour les biscuits, alors on se tartine du pain. J’ai laissé tomber les alcools et autres boissons. Je fais un maximum de trucs maisons: les yaourts, le riz  au lait, les purées, le houmous. Ca prend plus de temps bien sûr mais je commence à vraiment prendre plaisir à cuisiner. Je m’éclaterais à faire mes propres cookies, ma pâte à tarte maison, les jus maison etc. Le souci c’est que je dois cuisiner dans la hâte parce que c’est l’heure de manger, qu’on a tous la dale, que je suis rentrée tard de l'école avec Jim et que Bijou n’est pas encore là.


Je m’imagine dans notre maison à Erdeven. Créer un potager avec Jim. Lui apprendre à faire pousser des fruits, des légumes. Ce sera nécessaire à l'avenir qu'il sache produire son alimentation. Avoir des chats, des poules, des lapins. Surfer ensemble. Créer une maison chaude et conviviale. J’essaierai de faire de la recup' et du DIY au maximum, de mettre plein de petites lumières dans le salon, un gros canapé bien moëlleux avec des plaides pour tout le monde, une bibliothèque digne de ce nom. Une vaste table basse pour y dîner à la cool dans le salon, en lisant ou en regardant un film. Avoir dans la véranda, le coin activités sportives et créatives pour pouvoir allonger deux tapis de yoga et quelques outils de sport, mais aussi le chevalet et une table d’atelier pour peindre, faire des collages et mon bureau pour écrire. Il y aura tant à faire pour s’occuper toute la journée. Et puis biensûr lire, lire et lire encore. 


Ici, je pense à tous les livres et revues que j’aimerais lire, toutes les newsletters que je n’ouvre même pas. A la poterie que j’aimerais reprendre. Au potager que j’aimerais apprendre à faire avec mon père et Jim. Aux animaux à s’occuper. Au sport à faire. Vivre. Etre. Ici, je n’ai le temps de rien de tout cela. Chaque jour, j’ai une heure tout au plus de liberté. Ma tête est remplie de tâches à accomplir. Elle est remplie de choses inutiles. Le vélo est ma bouée de secours. Le moment où je peux bouger mon corps, prendre l’air, sentir la vie dans mes veines. 


Je n’aurai que Jim. C’est sur. Je dois prendre une pillule. Mon corps a besoin des oestrogènes sous peine de fragiliser mes os et tout mon système d’ailleurs. Un corps ne peut pas fonctionner sans hormones. Comme je prendrai cette pillule jusqu’à cinquante ans, je ne risque pas de tomber enceinte. Même miraculeusement, ce ne sera pas possible. Alors, mon fils, mon homme et mes parents. C’est ma petite famille. C’est tout ce que j’ai. Mon petit, à quatre ans, peut déjà comprendre tellement de choses. Il ne veut pas aller à l’école le matin, me demande pourquoi je vais toujours travailler. Il faut vraiment réflêchir à quoi répondre. C’est par là que commence l’explication du sens de la vie. Pourquoi aller à l’école? Pourquoi aller travailler? C’est la base de nos vies. Et répondre “Parce que c’est comme ça” ne suffit pas. Il faut véritablement se questionner pour pouvoir y répondre et lui donner envie. 


Voilà une heure que j’écris ces pages alors que je suis au bureau et qu’une tonne de boulot m’attend. Mais c’est ça qui est important. C’est le coeur. Le reste n’est qu’accessoire aussi hapant que cela puisse être. S’extirper de la machine à laver le cerveau quotidienne dans laquelle on est.

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