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  • Daria Soren

Jour 72 / La machine infernale

Pris dans la machine infernale, nous n’avons d’autre choix, ici, que de vivre à cent à l’heure. Nous devons gagner notre vie pour payer notre loyer, nos soirées, nos sorties, nos envies de consommation, ce qui implique de passer du temps dans les transports loin de chez soi, de sa famille. Maintenant que je visualise cette machine, je me vois enfermée dedans, subir ces transports polluants, stressants, enfoncée dans l’underground de la vie citadine. Ce bitume du début à la fin du trajet. Ce bruit, ces travaux, ces camions, cette fourmilière, ces gens qui pestent, excédés. On est tous enfermés dans cette machine qui nous essore de toute humanité et nous retourne les uns contre les autres.

J’aurais besoin de tellement de temps pour mener à bien les projets qui me tiennent à cœur: me plonger vraiment dans cette nouvelle, créer un blog où publier certaines de mes pensées, éditer mon premier roman, danser, lire, lire, m’imprégner de l’air du temps, de ce que vit notre monde. Mais je n’ai pas ce temps. Je dois passer 9h à mon travail, 1h30 dans les transports, 1h30 à faire tourner la maison. Ça fait déjà 12h de prises sur les 16h où je suis éveillée. Restent 4h. 1h que l’on enlève du matin où il faut se préparer pour aller travailler. Reste 3h, dont 1h30 passées avec mon fils. Mais dans quel état. Fatiguée, aliénée, pas du tout dans un état d’esprit disponible. Et reste, quand tout va bien, 1h30 de temps pour moi. Généralement à partir de 21h30. Juste envie de m’évader en lisant un livre ou en regardant un film. Plus d’énergie pour le sport, pour méditer et encore moins pour écrire, créer.

J’en suis réduite à ça, tant que je vivrai ici. Cette vie littéralement me déshumanise. Je rentre chez moi vidée, je n’ai même plus goût à m’intéresser au travail de Bijou, à jouer avec Jim. A quoi bon? A quoi bon gagner de l’argent, pour s’acheter des objets compensatoires, des vacances échappatoires.


Je préférerai avoir moins d'argent mais du temps et vivre dans un superbe endroit. Et c’est ce qu’on va faire! Mes parents se sont lancés dans la recherche de maison. C’est une brillante idée qu’a eu mon père que de vivre ensemble avec des maisons mitoyennes. C’est une telle chance d’avoir cette opportunité! Une chance énorme. De s’entendre aussi bien avec mes parents. Qu’ils aient travaillé dur toute leur vie et épargné pour pouvoir aujourd’hui s’offrir une belle maison et que moi leur enfant unique, je puisse en profiter. Je trouve ce projet formidable à tout point de vue. J’aimerai tellement que ce rêve se réalise. Oui, on va le réaliser. Les aventuriers sont ceux qui font de leur rêve, une réalité. On a cette chance d’avoir les moyens de le faire. J’espère chaque jour que ça se concrétise.


En attendant, depuis la reprise, je vois mon état intérieur se détériorer. Mes rêves sont devenus sombres. Culpabilité envers mon fils, mon travail. Je ne retrouve plus dans mes rêves l’état de bien être que j’avais pendant les vacances. Je n’ai plus ces visions très intuitives et spirituelles. Je sens bien que je muselle à nouveau l’artiste, celle qui veut faire de sa vie une oeuvre d’art. Je la muselle au quotidien, et par la force des choses, elle rentre dans sa boîte, se fait plus petite, comme je ne lui laisse aucun espace d’expression. En vérité, il me faudrait au moins 1h par jour pour m’exprimer, écrire. Il faut que je puisse. C’est vital. C’est ça l’important. C’est ça que je réalise au fur et à mesure que je prends du recul sur cette machine infernale. Cependant, je garde le goût du travail bien fait et du devoir accomplit. Je continuerai à faire mon travail, du mieux possible jusqu’au bout. J’ai pris conscience que je devais aussi faire mon travail d’artiste tous les jours. Et j’y mettrai un point d’honneur.

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