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  • Daria Soren

Jour 15 / Renoncer

Je réapprends la notion de plaisir. Le plaisir dans chaque geste. Le plaisir avant le devoir. C’est très difficile pour moi. Ça ne se fait pas naturellement. Juste sentir, être heureux. Penser à soit avant le reste. Flotter dans l’existence, sans anticiper, sans faire de plan, sans réfléchir.

Quand je travaille, le temps se rétrécit. Huit heures passées dans un bureau à me presser le ciboulot et faire des tâches administratives. Ensuite, forcément, il faut bien gérer les tâches à la maison. Et par la force des choses, il ne reste plus de temps pour le reste.


La force de cette épreuve c’est qu’il n’y a plus de doute pour moi sur le fait qu’un changement s’impose. De métier, de lieu de vie. Mon travail, la ville m’enferment. Je rêve d’air, d’océan.

Pourtant, on est bien, on est confortable. Mais le confort, ce n’est pas ce qui rend heureux. J’ai besoin de me reconnecter profondément, durablement.


Ce matin j’ai emmené Jim à son école. Bijou est parti à Berlin. Je prends le temps pour tout. Chaque action retrouve sa saveur grâce au temps. Ma lucidité, ma sérénité reviennent. Je suis bien. Les choses se posent. Les peurs et les tensions s’éloignent. Petit à petit, je prends mes marques dans cette nouvelle aire.

Je renonce à des choses qui ne me correspondent peut-être plus. Évoluer dans la fonction publique alors que ce cadre administratif m’étouffe de plus en plus. Vouloir un deuxième enfant alors que là aussi, ça représente un grand nombre de contraintes. Je n’ai peut-être pas envie de me mettre tout ça sur les épaules. J’ai peut-être envie, par dessus tout, d’être libre, de respirer. Je sais, j’ai toute la vie pour ça. Des fois, il faut se faire violence quelques années pour pouvoir ensuite récolter les fruits: plus d’argent, une plus grande famille. Mais ce qui m’est arrivé me montre que je ne suis peut-être pas faite pour ça. Que je n’ai peut être pas envie de plus de responsabilités au travail, de plus de responsabilités à la maison. J’aspire au fond à me laisser vivre dans le calme et la volupté. J’aspire à la qualité plus que la quantité. Quand je vois la fatigue dans laquelle a plongé mon corps suite aux traitements hormonaux et la chute engendrée, dois-je lui imposer à nouveau ça avec tout le process médical et toute la surstimulation qu’engendre un don d’ovocyte?

Au fond de moi je crois que l’acceptation est la meilleure des solutions. Accepter mon travail tel qu’il est en l’aménageant pour pouvoir faire d’autres choses à côté. Accepter qu’un enfant, même un seul, est un joyau. Et que ça laissera de la place dans nos vies pour pleins d’autres aventures humaines. J’ai été fille unique, je sais ce que c’est. Je sais ce qui est bien, ce qui est pesant. Je serai en mesure de comprendre mon fils.

Je crois que renoncer est ce qui pouvait me faire le plus grand bien. Je vais continuer sur ce chemin. Me libérer des contraintes. Laisser émerger le moi libre et détendu. Le moi pleinement heureux. Pendant des années, j’ai été courageuse, je me suis fixée des objectifs. Je crois que j’arrive dans l’aire où j’ai envie de simplement profiter de ce que j’ai. Mon être à envie de se reposer et jouir de ce bonheur. De tout ce qui est là.

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